Aujourd'hui on est le 5 mai. Une journée banale. Un jour comme les autres. Le réparateur du sèche-linge est venu ce matin. Je vais réviser pour mes partiels. Je vais aller régler les problèmes de mon portable. Il fait beau, il fait chaud. Hier j'ai vu Mme Bozet. J'ai ris, ça m'a fait du bien. Oui, c'est une journée banale, un lundi comme les autres qui commence une semaine comme les autres.
J'ai presque failli oublier...
J'ai presque failli oublier, alors que ça fait des mois que je vois cette date approcher, et que j'y pense tout le temps. C'est toujours comme ça, non? On pense à une date précise pendant des mois, et le matin même, on oublie pendant un moment que c'est ce jour là. On a l'impression que c'est une journée banale, alors qu'en fait, non. Mais je sais que ce matin, pour des tas de gens, cette journée était particulière dès le réveil. Qu'eux s'en sont souvenu dès leurs premières minutes de conscience. Oui, eux, leur journée a été baigné par ça dès le début. Parce qu'aujourd'hui, ça fait un an. Un an tout rond.
Il y a un an jour pour jour, on était un samedi. Un samedi presque comme les autres. Un samedi de classe, parce que nous étions encore au lycée. C'était le samedi de la toute première fête de fin d'année de notre lycée. Tous les terminales étaient un peu excités. Comment on s'habille ce soir? On se retrouve à quelle heure? C'est à quel endroit déjà? Dis tu voudras bien venir chez moi pour m'aider à choisir ma tenue?
Qui aurait pu savoir que cette fête serait à jamais inoubliable. Et qu'elle serait tout, tout sauf joyeuse...
Parce que ça fait un an, parce que ce samedi 5 mai 2007, c'était le jour de cet accident.
Parce qu'il y a un an, Julie est morte. Que ce jour là, sa vie s'est arrêtée. Et que depuis, une année entière s'est écoulée. Une année de choses qu'elle n'a pas vécue. Une année bien remplie: le bac, la première année de fac, d'école, de prépa, la première année de majorité pour pas mal d'entre nous... Mais aussi une année remplie de choses insignifiantes: des jours ensoleillés, des jours de pluie, des jours de neiges, la sortie au cinéma de Shrek 3, la sortie au cinéma de Spiderman 3...
C'était ce film qui m'avait fait réaliser qu'elle ne reviendrait jamais. Comme quoi on réalise parfois des choses importantes à cause de choses insignifiantes. En sortant de ce film, j'avais réalisé que jamais elle n'aurait l'occasion de le voir. Et ça m'avait été insupportable. Merde, pourquoi ne pouvait-elle pas avoir le choix d'aller le voir ou non? C'était dégueulasse. Elle aurait dû pouvoir aller le voir si elle en avait envie. Mais elle n'en a jamais eu l'occasion. Alors qu'elle était si jeune. Alors qu'elle avait la vie devant elle! Enfin, qu'elle aurait DÛ l'avoir.
Depuis, chaque minute qui passe je pense à elle. Je me dis que ce sont des minutes qu'elle n'aura jamais l'occasion de le vivre. Chaque fou rire que j'ai, chaque sortie que je fais, chaque film que je vais voir, chaque expo, je me dis qu'elle ne les verra jamais, qu'elle ne les vivra jamais. Alors j'essaie d'en profiter au maximum. Comme si elle pouvait peut être les vivre à travers moi. Et aussi parce que j'ai appris que la vie peut s'arrêter n'importe quand, même quand on pense que c'est impossible, qu'il est trop tôt. Il n'est jamais trop tôt...
Il n'y a qu'une chose que je n'ai pas fait depuis sa mort. Remonter à cheval. Je le ferais, pour elle, pour moi. Mais je ne suis pas prête, parce que bien qu'elle et moi n'étions pas proches, je sais que tout du long, je penserais à elle, à la façon dont elle est morte. Et je ne suis pas encore prête à faire face à ça.
Mais je sais que je n'oublierais jamais. Jamais je n'oublierais ce silence irréel qui a envahit le lycée entier, pendant une longue, très longue minute. Un silence qui n'était brisé que par le bruit des larmes de Sophie qui pleurait sur mon épaule. Jamais je n'oublierais la souffrance qu'on lisait sur le visage de Margot, d'Emma. De Charles. Jamais je n'entendrais la chanson "Lilli" de la même façon. Pour moi elle restera toujours la chanson qui accompagne la vidéo faite par les proches de Julie. Jamais je n'oublierais tous ces témoignages d'amour et de douleur que j'ai lu.
Mais surtout, jamais je n'oublierais son sourire, qui mangeait tout le bas de son visage, et qui mettait des étoiles dans ses yeux bleu.
Parce que c'était une fille si joyeuse. Qu'elle illuminait son entourage, par sa gaieté, sa joie de vivre. Et que cette chaleur réchauffera leurs coeurs pendant encore des années.
(Cette journée sera finalement tout sauf banale)